Interview de scénariste : François Avard

François Avard

François Avard est un auteur et scénariste québécois. Pour la télévision, il a notamment été scénariste pour Caméra Café et est l’auteur de la série Les Bougons. Il a également écrit plusieurs romans.

Pour Devenir Artiste il revient sur son parcours.


Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis né en 1968 à Saint-Hyacinthe, à 50km de Montréal. Je suis auteur, scénariste et scripteur humoristique au Québec depuis 20 ans. Je fais une distinction entre ces trois fonctions : un auteur écrit ce qu’il veut (par exemple quand j’écris un roman), un scénariste écrit des scénarios de télé ou de film et un scripteur écrit ce qu’on lui demande d’écrire.


Quel est été votre parcours?

J’ai commencé à écrire professionnellement (c’est-à-dire à être payé…) en 1989 en travaillant comme scripteur pour une émission radiophonique humoristique. Parallèlement, j’ai complété des études en enseignement du français. En cours de route, le travail d’auteur a pris assez d’importance pour que je mette la carrière d’enseignant de côté.


Enfant, que vouliez-vous devenir ?

Vedette de rock. Pour rencontrer des nanas.


Pensez-vous qu’il y ait une part de don dans l’écriture, ou qu’elle peut s’apprendre?

Je pense qu’il y a un juste mélange des deux éléments. On a beau avoir un «don», si on ne travaille pas, si on ne se remet pas en question, si on ne s’intéresse pas à la technique, on ne progressera pas. De la même manière, si on ne possède que de la technique, ça donnera un résultat peu intéressant. Lorsqu’on est jeune, on peut avoir tendance à croire que le don suffit. Il est important, lorsqu’on avance dans ce métier, de rencontrer des gens qui nous remettront en question et qui nous permettront de progresser et d’évoluer.


Quel est votre rythme de vie et de travail ?

Je travaille 7 jours par semaine, mais pas toute la journée. J’ai un horaire assez flexible. Je gère mon agenda. Généralement, j’écris le matin et le reste du temps, ce sont des réunions de création ou des rencontres de production.


Avez-vous refusé des projets et eu des regrets ?

À date, non. Jamais. Aucun des projets sur lesquels j’ai refusé de travailler ne m’a fait regretter mon choix. J’ai plutôt eu des regrets d’avoir accepté de travailler sur certains projets. Mais c’est assez rare, désormais. Aujourd’hui, je peux choisir. Généralement, je choisis de travailler sur un projet en fonction de deux des trois critères suivants : le défi créatif, les gens avec qui je travaillerai et la paye. S’il y a deux des trois éléments qui précèdent dans la proposition, j’accepte. En début de carrière, surtout, on accepte un peu n’importe quoi avec n’importe qui pour des résultats assez peu stimulants.


Y a t’il des sujets sur lesquels vous refusez d’écrire ?

Non. Il n’y a que des sujets qui ne m’intéressent pas. Le sport, par exemple. C’est un univers qui ne m’intéresse pas du tout. Pour le reste, je n’ai pas de pudeur ou de préjugé. Ce qui m’intéresse surtout, c’est d’essayer quelque chose de nouveau au niveau de la forme ou au niveau du fond. Je n’aime pas faire deux fois la même chose.


Vous vivez au Canada, est-ce plus facile d’être scénariste de l’autre côté de l’atlantique ?

Je ne crois pas que ce soit plus facile. Surtout en français au Québec, car c’est un milieu très petit et les Québécois sont extrêmement créatifs. La compétition est donc féroce. Qui plus est, c’est un petit milieu où tout le monde se connaît assez vite. Il est primordial de garder une bonne réputation (au niveau de la qualité du travail, de la rigueur) pour travailler longtemps.


Avez-vous des manies lorsque vous écrivez ?

Non. Sinon que j’aime bien qu’on me foute la paix en période d’écriture, c’est pourquoi j’écris généralement entre 5h00 et 8h00 du matin. (Après trois heures d’écriture concentrée par jour, c’est ma limite. Je ne suis pas de ceux qui peuvent rester assis devant leur clavier pendant 12 heures. En plus, j’ai des problèmes de dos…)


Quelle serait votre reconversion si vous ne pouviez plus écrire ?

L’enseignement. J’ai enseigné professionnellement pendant douze ans à l’École nationale de l’humour (à temps partiel). Une école assez «spéciale» où j’enseignais l’écriture humoristique. Un univers très stimulant. C’est une école où les frais sont très élevés alors les étudiants sont très exigeants.


Vous avez écrit plusieurs romans. Vous sentez-vous plus auteur ou scénariste ? Comment gérez-vous cette double casquette ?

Disons que c’est le ventre qui mène (et maintenant celui de mes enfants…). J’ai rapidement réalisé que la littérature, au Québec, ne suffit pas pour nourrir un auteur. C’est pourquoi je fais de la commande, des scénarios. En plus, travailler sur des projets télé ou avec des humoristes, ça me permet d’avoir une vie sociale, de voir des gens stimulants.


Sur quel genre de projet aimeriez-vous travailler?

En ce moment précis ? Rien de particulier. J’aime mon travail, j’aime la diversité, j’aime faire des choses différentes avec des gens différents. C’est la richesse de mon métier de scripteur : travailler avec des humoristes différents ; ou c’est la richesse de mon métier de scénariste : travailler avec d’autres scénaristes, avec des réalisateurs, avec des équipes de création. Je serais extrêmement malheureux de me confiner à un seul genre, à une seule façon de créer.


Quelles sont les qualités nécessaires pour être scénariste ?

Etre créatif mais discipliné, ouvert mais têtu. Surtout, être déterminé.


On a souvent une image du scénariste mi-homme mi-ours, amateur d’alcool et autres drogues… Qu’en est-il ?

Je ne consomme plus rien depuis 1995. Et je crois que je suis beaucoup plus créatif depuis que j’ai cessé d’avoir l’illusion d’être créatif…


Etes-vous souvent bridé ou censuré?

Oui, mais c’est correct. Ça fait partie des règles du jeu. Si je veux fuir complètement la censure, je n’ai qu’à écrire un livre. Personne ne lit les livres : on peut y dire ce que l’on veut. J’aime néanmoins les limites, la censure : ça oblige à imaginer des moyens pour les transgresser… ;)


Pensez-vous qu’il y ait de la place pour une nouvelle génération de scénaristes?

Bah, oui. C’est un domaine où l’individu doit se faire sa place. L’âge n’a pas rapport avec l’acceptation.


Que pourriez-vous conseiller à ceux qui voudraient se lancer dans ce métier?

Écrire. S’entêter.


Et déconseiller?

Trop s’entêter.


Propos reccueillis par Maya

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